Il y a des images qu’un père n’oublie jamais. Celle-ci, Leo Ostigard l’a vécue à 6 600 kilomètres de distance, un téléphone à la main.
Vendredi soir, depuis le camp de base de la Norvège à Greensboro, en Caroline du Nord, l’ancien défenseur du Stade Rennais a assisté à l’accouchement de sa compagne Aurora. Par FaceTime. Un appel vidéo en guise de salle de naissance — la rançon, parfois, d’une première Coupe du monde.
L’émotion, elle, n’avait rien de virtuel. « Quand j’ai vu le bébé pour la première fois, je me suis effondré en larmes », a confié le joueur du Genoa dans une vidéo diffusée par sa fédération. Épuisé, fier, à court de mots. On le comprend.
Tous les footballeurs rêvent du Mondial. Peu mesurent ce qu’il faut parfois sacrifier pour y être. Ostigard, lui, a choisi de rester avec les siens — entendez sa sélection — quitte à manquer le grand moment en chair et en os. Un dilemme cornélien, tranché dans la douleur autant que dans la joie.
Et puis, le terrain a parlé. Dans la nuit de mardi à mercredi, face à l’Irak (4-1), le Norvégien était entré en jeu à la 73e minute. Trois minutes. Il ne lui en a pas fallu davantage pour surgir et marquer de la tête. Le genre de scénario qu’aucun scénariste n’oserait écrire.
Le but, il l’a aussitôt dédié. Un cœur mimé du bout des doigts, puis un « A » dessiné dans les airs — pour Aurora. Personne, sur le moment, n’avait saisi le message. On le comprend mieux, désormais.
Rappelons-le : Ostigard n’est pas un inconnu pour le public breton. Passé par le Roazhon Park, le défenseur de 26 ans (39 sélections) a depuis bourlingué — Brighton, Stoke, Hoffenheim, Naples, aujourd’hui le Genoa. Une carrière de baroudeur, jalonnée d’étapes, mais marquée par ce passage en Ille-et-Vilaine que beaucoup n’ont pas oublié.
La suite ? Elle s’annonce dense. La Norvège défie le Sénégal, et Ostigard pourrait cette fois débuter la rencontre. Surtout, le groupe I réserve une dernière affiche aux allures de sommet : la France, vendredi prochain, pour clore la phase de poules. Les Bleus sont prévenus.
Détail savoureux : le Norvégien n’est pas seul dans ce cas. Côté belge, Jérémy Doku attend lui aussi un heureux événement, l’accouchement de sa compagne étant prévu avant la fin du tournoi. La Coupe du monde, décidément, ne rythme pas que les calendriers sportifs.
Reste cette image. Un jeune papa en larmes devant un écran, applaudi par tout un vestiaire réuni dans un hôtel américain. Le football, ce sont des trophées et des transferts. Mais ce sont aussi, parfois, ces instants-là — ceux qui n’ont pas de prix.