Écœurés par la saison catastrophique de l’Olympique de Marseille, les groupes de supporters ont décidé de passer à l’acte : grève totale pour les matchs restants. Aucune bâche, aucune animation, aucun déplacement. Le Vélodrome, temple du football français, sera muet pour sanctionner le naufrage collectif.
C’est une sanction collective, pesée et assumée. Face au naufrage sportif de l’Olympique de Marseille cette saison, les groupes de supporters organisés ont franchi le pas que beaucoup redoutaient depuis des semaines : la grève totale. Plus de chants coordonnés, plus de bâches colorées tendues dans les virages, plus de tifos élaborés pendant des nuits entières — rien. Le Vélodrome, l’un des stades les plus bouillants d’Europe, qui avait fait trembler des équipes de tout le continent lors de ses grandes soirées européennes, sera habillé du seul silence de la désillusion pour le dernier match de la saison à domicile contre le Stade Rennais. Le message est aussi limpide que douloureux : les ultras marseillais ne cautionnent plus ce qu’ils voient sur le terrain.
Cette décision n’est pas tombée du ciel. Elle est le résultat d’une accumulation de frustrations, de résultats qui n’ont cessé de décevoir, d’un projet sportif qui a failli sur toute la ligne. Les groupes de supporters ont longtemps pesé le pour et le contre : boycotter, c’est aussi se priver soi-même de ce que l’on aime. Mais l’heure est au signal fort. En choisissant le silence plutôt que la colère bruyante, les ultras marseillais optent pour une forme de protestation encore plus éloquente — l’indifférence organisée. Pas de huées, pas de banderoles hostiles, pas d’insultes. Juste le vide. Et dans ce temple où le bruit fait partie de l’identité même du club, le vide est la pire des punitions. Au Havre, l’absence sera tout aussi parlante : un club comme l’OM qui se déplace sans ses fans, c’est une image d’une tristesse rare pour le football français.
La question qui plane désormais sur la Canebière, c’est celle de la suite. Une grève de supporters n’a de sens que si elle débouche sur des changements concrets — dans le recrutement, dans le projet, dans les ambitions affichées pour la saison prochaine. L’OM a régulièrement vécu des crises de ce type au fil de son histoire mouvementée, et s’en est sorti à chaque fois en retrouvant un cap et un souffle collectif. Mais les groupes ultras ont cette fois décidé de parler le seul langage que les dirigeants d’un grand club ne peuvent pas ignorer : celui du stade qui se tait. À Marseille, quand le Vélodrome se tait, c’est que quelque chose de grave s’est cassé. Il appartient maintenant au club de reconstruire ce qui l’a été.
