Des ONG de défense des droits humains réclament au gouvernement britannique d’examiner les liens présumés entre le propriétaire de Manchester City et les Forces de soutien rapide au Soudan. Si des sanctions tombaient, le club serait contraint de changer de mains. Le scénario Abramovitch refait surface.
Il y a dix-huit ans, Cheikh Mansour rachetait Manchester City pour 243 millions d’euros et lançait l’une des transformations les plus spectaculaires de l’histoire du football moderne. Huit titres de Premier League, une Ligue des champions, un empire tentaculaire baptisé City Football Group : les Citizens sont devenus une référence mondiale. Aujourd’hui, ce bâtisseur de légende se retrouve au cœur d’une tempête qui dépasse très largement les frontières du terrain.
Un dossier transmis au Foreign Office
C’est l’organisation FairSquare, ONG britannique spécialisée dans les droits humains dans le domaine du sport, qui a mis le feu aux poudres. Dans une plainte formelle déposée le 7 avril 2026 auprès du Foreign Commonwealth and Development Office (FCDO), elle demande au gouvernement de Keir Starmer d’examiner le rôle présumé de Cheikh Mansour dans le soutien des Émirats arabes unis aux Forces de soutien rapide (RSF) au Soudan.
Ces milices paramilitaires sont accusées par l’ONU, les États-Unis et de nombreuses ONG de crimes de guerre et de génocide dans la région du Darfour. Le conflit a causé la mort d’au moins 150 000 personnes en deux ans, selon les agences d’aide humanitaire et des responsables du gouvernement américain. Les faits invoqués sont d’une gravité extrême.
Le précédent Abramovitch comme boussole
FairSquare ne se contente pas de pointer du doigt : l’organisation précise les conséquences juridiques d’une éventuelle sanction. Si le gouvernement britannique décidait de sanctionner Sheikh Mansour, il serait disqualifié de la propriété du club en vertu des règles de la Premier League. La comparaison avec Roman Abramovitch s’impose d’elle-même : en 2022, le gel de ses avoirs par Londres avait mécaniquement contraint l’oligarque russe à vendre Chelsea. Le football anglais connaît désormais le mode d’emploi.
FairSquare a également informé la Premier League et le nouvel Autorité indépendante de régulation du football, dont l’un des objectifs est de « sauvegarder le patrimoine du football anglais ». Le timing n’est pas anodin : ce régulateur, dont la montée en puissance était attendue depuis plusieurs années, entend précisément encadrer les propriétaires de clubs avec davantage de rigueur.
Les Émirats arabes unis dans le viseur de la communauté internationale
Des organismes internationaux, dont l’Union européenne et les Nations Unies, ont soulevé des inquiétudes concernant les liens présumés entre les Émirats arabes unis et les RSF, bien qu’aucune détermination officielle de responsabilité n’ait été établie. Nuance importante : les allégations demeurent pour l’heure des allégations. Manchester City n’a pas répondu aux sollicitations de FairSquare. Cheikh Mansour, de son côté, conteste tout lien avec les atrocités commises au Soudan.
Il n’en reste pas moins que le Royaume-Uni a déjà sanctionné plusieurs individus et entités liés aux RSF ou aux Forces armées soudanaises, ce qui rend le dossier d’autant plus sensible politiquement.
City sous double pression
Le club mancunien n’en est pas à sa première zone de turbulences institutionnelles. Les 115 chefs d’accusation pour violation des règles financières de la Premier League — toujours en attente de verdict huit ans après l’ouverture de l’enquête — continuent de constituer une épée de Damoclès. L’affaire soudanaise vient s’y superposer, dessinant un tableau de fragilité structurelle que les supporters peinent à concilier avec les succès sportifs de leur équipe.
Une chose est sûre : le football anglais n’a pas fini de se confronter à la question de qui, exactement, possède ses clubs — et à quel prix.
Ni la Premier League ni Manchester City n’ont pour l’heure commenté la plainte de FairSquare. Le gouvernement britannique n’a pas annoncé de décision.
