À 18 ans, le milieu de Lille a traversé toutes les équipes de jeunes des Bleus. Mais à quelques semaines du Mondial 2026, c’est la Fédération marocaine qui semble avoir gagné la bataille — et elle n’a pas laissé le hasard décider.
Il y a des trahisons dans le football qui ne disent pas leur nom. Celle-là, si elle se confirme, en sera une — du moins du point de vue français. Ayyoub Bouaddi, 18 ans, milieu de terrain du LOSC et l’un des talents les plus excitants de sa génération, devrait choisir le Maroc pour représenter sa sélection nationale. Pas la France, qui l’a formé depuis ses 14 ans. Le Maroc, qui l’a courtisé avec méthode, patience et une détermination que la FFF n’a pas su opposer.
Une décision qui couvait depuis des mois
Le feuilleton a commencé bien avant le printemps. En mars 2026, Mohamed Ouahbi, sélectionneur des Lions de l’Atlas, s’est personnellement déplacé à Lille pour rencontrer le joueur et son entourage. Un signal fort, presque sans précédent : un sélectionneur qui fait le voyage pour un joueur encore en devenir, c’est une déclaration d’intention autant qu’un geste de séduction.
Du côté français, la réponse a été bien moins éloquente. Didier Deschamps n’a pas convoqué Bouaddi lors du rassemblement de mars 2026, lui préférant des profils plus confirmés comme Eduardo Camavinga ou Warren Zaïre-Emery. Un non-choix qui ressemble, avec le recul, à une erreur de calcul. Car pendant que la France tergiversait, le Maroc agissait.
La FIFA déjà saisie
Les informations qui filtrent depuis quelques jours sont éloquentes. La Fédération royale marocaine de football aurait déjà intégré Bouaddi dans sa pré-liste de 55 joueurs transmise à la FIFA pour la Coupe du monde 2026, en attendant la confirmation officielle du joueur. Une anticipation qui en dit long sur le niveau de confiance des deux parties dans l’issue des discussions.
Publiquement, Bouaddi continue d’entretenir le flou. « On verra. Il n’y a pas encore eu de choix », a-t-il répondu après la victoire de Lille à Rennes. Une formule de façade, prudente, qui ne trompe plus grand monde dans le milieu. Quand une fédération inclut un joueur dans sa pré-liste mondiale avant même qu’il ait officiellement dit oui, c’est que le oui est déjà là.
Ce que la France a raté
Ce qui rend cette histoire particulièrement saisissante, c’est le paradoxe qu’elle illustre. Bouaddi est un enfant du système français. Formé au LOSC, passé par toutes les catégories des Bleus des U16 aux Espoirs, il a grandi dans le football français, avec ses codes, ses exigences, ses promesses. Et pourtant, au moment de faire le choix le plus décisif de sa jeune carrière, c’est vers le Maroc qu’il se tourne.
Il rejoint dans ce choix une génération de binationaux que la France a sous-estimés : des joueurs qui ont d’abord senti qu’on ne leur ferait pas forcément de place, avant que d’autres fédérations ne leur tendent la main avec davantage de conviction.
Bouaddi n’a pas encore officialisé. Mais dans ce dossier, tout indique que le Maroc a gagné la partie avant même le coup de sifflet final.
