C’est une image qui restera. Geoffroy-Guichard en feu, cinq buts inscrits, une démonstration de force en clôture de Ligue 2. Et pourtant, au coup de sifflet final, ni les dirigeants ni les joueurs ne pavoisaient.
À Saint-Étienne samedi soir, la victoire avait le goût amer d’une occasion manquée.
Cinq buts, et des sifflets pour les patrons
Le score final — 5 buts à 0 contre Amiens — aurait dû déclencher une fête. Le Chaudron était plein, l’ambiance électrique, les Verts ont livré exactement le match qu’on attendait d’eux depuis des semaines. Sauf que le football ne se joue pas en une seule soirée.
Quand le coup de sifflet final a retenti, la tension accumulée depuis des mois a trouvé une cible : Kilmer Sports et Larry Tanenbaum. Les dirigeants américains ont été chahutés par les supporters à Geoffroy-Guichard, malgré la large victoire face à Amiens. Une scène rare dans le football français — être hué après un 5-0 à domicile — mais qui illustre parfaitement l’état des relations entre la base stéphanoise et ses propriétaires d’outre-Atlantique.
Les supporters ne reprochent pas la défaite du soir. Ils reprochent les défaites des mois passés, l’inconsistance chronique d’une équipe capable du meilleur comme du pire, et une saison qui devait se terminer sur une montée directe.
« On n’est pas montés à cause de ça »
Dans le vestiaire, lucidité et frustration se mêlaient. Lucas Stassin, l’une des rares satisfactions offensives de la saison, n’a pas cherché à maquiller la réalité. « C’est la première fois qu’on gagne un match 5-0 en ayant de la déception », a-t-il lâché en zone mixte. La formule est courte, mais elle dit tout.
L’attaquant stéphanois a poursuivi sans détour : « On savait qu’il fallait faire le job aujourd’hui, on l’a fait, mais ça n’a pas toujours été le cas cette année. C’est pour ça qu’on n’est pas montés directement. » Une autocritique rare et bienvenue, dans un vestiaire qui aurait pu se cacher derrière la manita du soir.
Car c’est bien là le nœud du problème. L’ASSE a prouvé qu’elle pouvait écraser Amiens. Elle a aussi prouvé, tout au long de la saison, qu’elle pouvait s’incliner ou buter sur des équipes bien moins bien classées. Cette irrégularité, personne ne la nie plus.
Les barrages comme seul horizon
Troisièmes de Ligue 2, les Verts devront désormais passer par les play-offs pour espérer retrouver la Ligue 1. Le calendrier est connu : vendredi 15 mai, réception du vainqueur de Red Star–Rodez à Geoffroy-Guichard, avant une potentielle double confrontation contre le 16e de Ligue 1.
Stassin l’a bien compris : « On va devoir tout donner. On sait qu’on a deux matchs sur trois à la maison si on gagne le prochain. C’est une force. Il va falloir avoir la bonne mentalité. »
La force du Chaudron, les Verts vont en avoir besoin. Après une saison à se saborder semaine après semaine, ils ont rendez-vous avec leur propre histoire. Soit ils saisissent cette deuxième chance, soit une deuxième saison consécutive loin de l’élite devient une réalité. À Saint-Étienne, personne n’ose vraiment y penser.
Propos de Lucas Stassin recueillis en zone mixte après ASSE – Amiens SC (5-0), 34e journée de Ligue 2, le 9 mai 2026.