Trois cambriolages en six ans, une agence de sécurité 24h/24, la peur pour sa famille. L’ex-capitaine de l’OM Valentin Rongier lève enfin le voile sur un sujet que le football professionnel préfère taire.
Il a porté le brassard de capitaine, défendu les couleurs marseillaises pendant six saisons, traversé les tempêtes sportives et institutionnelles du club phocéen. Mais la peur que Valentin Rongier garde de Marseille n’a rien à voir avec un match perdu ou une élimination européenne. Elle est bien plus viscérale. Bien plus personnelle.
Dans une interview accordée au10Sport le 12 avril 2026, le milieu de terrain, aujourd’hui à Rennes après n’avoir pas été prolongé à l’OM l’été dernier, raconte sans filtre ce que lui et sa famille ont vécu entre 2019 et 2025 : trois cambriolages. En six ans. Malgré toutes les précautions prises — ne rien laisser de valeur au domicile, changer ses habitudes, rester discret.
La scène qui a tout fait basculer
Le témoignage le plus glaçant concerne les semaines précédant son départ. Rongier aperçoit près de chez lui un individu connu des services de police — quarante condamnations au compteur. La menace n’est plus abstraite. Elle a un visage. Elle rôde autour de sa maison, là où l’attendent sa femme et son jeune enfant.
Sa réaction est immédiate : engager une agence de sécurité privée, présente jour et nuit jusqu’à son déménagement. « Tu vis un peu dans la crainte, confie-t-il. Et là tu pars, tu laisses ta femme et ton petit bout de chou… Obligé d’appeler une agence de sécurité pour un service non-stop jour et nuit. » Avant d’ajouter, avec une honnêteté désarmante : « Ça arrive dans toutes les villes, je vous parle de Marseille car c’est mon expérience. »
Un phénomène qui dépasse le cas Rongier
Ce qui frappe dans ce témoignage, c’est qu’il ne constitue pas une exception. Il confirme un pattern bien documenté autour du monde du football marseillais. En 2024, André-Pierre Gignac avait vu sa villa cambriolée lors d’un PSG-OM — les cambrioleurs connaissaient parfaitement son planning. Lucho Gonzalez, avant lui, avait subi le même scénario. Le mode opératoire est rodé : cibler les joueurs lors de leurs absences pour les matchs, profiter de l’exposition médiatique qui annonce leurs déplacements.
Le 8 avril 2026 — quatre jours seulement avant l’interview de Rongier — c’est Habib Beye, entraîneur actuel de l’OM et lui-même ancien joueur du club, qui a été victime d’un cambriolage dans sa villa de Fuveau. Volets fracturés, fenêtre forcée. Le cercle se referme.
« Tu sentais de la peur chez certains joueurs »
Rongier ne parle pas seulement en son nom. Il évoque un climat général de tension dans le vestiaire marseillais : « Tu sentais de la peur chez certains joueurs. » Une anxiété diffuse, rarement exprimée publiquement, qui pèse pourtant sur des hommes censés performer chaque week-end devant 65 000 spectateurs.
Ce témoignage rare mérite d’être pris au sérieux. Pas comme un règlement de comptes avec un club qu’il a fidèlement servi, mais comme un signal d’alarme sur la vulnérabilité des footballeurs professionnels, devenus des cibles de choix précisément parce que leur vie est publique, leur salaire connu, et leur agenda diffusé en direct à la télévision.
Valentin Rongier a quitté Marseille. La peur, elle, semble être restée.